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Bac 2022 : polémique autour de l’harmonisation des notes



► Comment s’assure-t-on que les candidats au bac sont évalués de façon équitable ?

Tout commence par une réunion d’entente : au moment où on leur remet leurs copies, les correcteurs d’une même discipline et d’un même territoire se mettent d’accord sur les critères et le barème d’évaluation. Désormais, la transmission des copies se fait de façon numérique et ces réunions se tiennent le plus souvent en visioconférence.

L’enseignant qui coordonne le groupe de collègues chargés de la correction est ensuite attentif à ce que les moyennes de notes de deux paquets de copies différents ne divergent pas trop. « Si le correcteur rentre les notes dans le système informatique au fur et à mesure, le coordinateur peut très bien l’appeler pour le mettre en garde : “Attention, sur tes quinze premières copies, la moyenne n’est que de 9 sur 20, alors que la moyenne des autres correcteurs tourne autour de 11”, raconte Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc). Le correcteur peut aussi intervenir à la fin de la correction, en demandant au collègue concerné de remonter ses notes pour se rapprocher de la moyenne. »

Vient la troisième phase, avec la réunion du jury de bac, une fois toutes les épreuves passées. Cette instance va par exemple se pencher sur un candidat dont la moyenne est juste en dessous de 10 sur 20. « Si le dossier scolaire de l’élève est plutôt bon, le jury modifie à la hausse la note obtenue dans l’une des disciplines afin d’épargner à ce candidat la session de rattrapage. »

► Pourquoi l’harmonisation des notes fait-elle polémique cette année ?

Dans certaines académies franciliennes ou à Lyon, notamment, des correcteurs, voire des coordinateurs, se sont aperçus, en retournant dans le système informatique, que les notes qu’ils avaient attribuées dans le cadre des épreuves de spécialité passées mi-mai avaient été systématiquement gonflées. « La plupart du temps, on a ajouté un point », précise Jean-Rémi Girard. Mais certains enseignants, cités dans les médias, parlent de trois points supplémentaires.

« Ce qui choque, c’est que ce réajustement s’est fait dans le dos des collègues, sans le moindre échange, avant même la réunion des jurys de bac », réagit le président du Snalc, qui subodore l’intervention d’inspecteurs ou de rectorats. Cette méthode, en tout cas, serait selon lui facilitée par le tout numérique. « Il est plus facile d’attribuer un point supplémentaire à toutes les copies d’un même paquet. » Le ministère, lui, ne voit rien d’anormal à cela. « La seule nouveauté, affirme-t-il, c’est que les correcteurs peuvent aller voir facilement dans le système informatique ce qu’il advient de leurs notes. »

► Est-il vraiment juste d’harmoniser les notes ?

Demander à un correcteur de rehausser ses notes parce que son tas de copies présente une moyenne plus faible que celles obtenues par ses collègues peut paraître choquant. Et si son paquet était objectivement de moindre qualité que les autres ? « En réalité, il ne s’agit pas d’aligner sa moyenne sur celle des collègues mais d’opérer une convergence, relativise Jean-Rémi Girard. Si un correcteur assure au coordinateur que les copies qu’il a corrigées étaient nettement moins bonnes que lors des sessions précédentes, le redressement sera plus modeste. »

Pour s’assurer qu’une pratique se voulant équitable ne devienne pas inique, l’éducation nationale organise un brassage des copies, qui demeurent anonymes. Brassage facilité par la dématérialisation de leur transmission aux correcteurs. « Dans un paquet, il peut désormais y avoir autant de lycées d’origine que de candidats », soutient-on rue de Grenelle. Un même correcteur ne risque donc pas de corriger uniquement des copies de candidats issus d’un lycée élitiste ou au contraire d’un établissement fréquenté essentiellement par des élèves de faible niveau. « Statistiquement, surtout si chaque correcteur s’occupe d’un paquet suffisamment grand, ce brassage permet de lisser de possibles biais », approuve une fine connaisseuse du dossier.

Le ministère affirme enfin qu’il ne donne pas de consigne d’harmonisation et que celle-ci peut intervenir « à la hausse comme à la baisse ». « Dans les faits, constate Jean-Rémi Girard, le redressement se fait toujours dans le sens d’une plus grande bienveillance. Parce qu’il faut bien s’assurer d’un taux élevé de réussite au bac. »

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